« Depuis de nombreuses années, je m’interroge sur la manière dont naît un désir de résistance »

Etudiante active et engagée, Micol nous expose le parcours l’ayant mené au master Philosophie opéré par l’Ecole normale supérieure - PSL et impliquant l’Ecole Pratique des Hautes Etudes – PSL et l’Observatoire de Paris - PSL. Ce qui l’intéresse en philosophie : apprendre, questionner, transmettre, agir.

Micol

Sassari, Trieste, Washington, Paris, Chicago, Londres, Johannesburg… Micol, curieuse, passionnée, étudie et enseigne aux quatre coins du monde.

Lycéenne à Sassari en Sardaigne, elle obtient son baccalauréat au Collège du Monde Uni de l’Adriatique. Cette école internationale au nom évocateur dispose de plusieurs antennes dans le monde et se révèle un véritable passeport pour intégrer des campus prestigieux. Elle effectue ainsi un Bachelor en Science in Foreign Service, à l’université de Georgetown (USA) et profite d’un programme d’échange avec Science Po Paris pour découvrir d’autres sujets, d’autres campus, d’autres enseignements. Micol étudie alors le droit avec passion mais pressent qu’il lui manque quelque chose.

« Lors de mon séjour à Science Po Paris, j’ai décidé de travailler sur la sociologie de la violence. En parallèle, j’ai eu l’occasion d’aller écouter des philosophes comme Marc Crépon ou Frederic Worms à l’ENS – PSL et de suivre le séminaire d'Hélène Cixous. J’ai alors découvert la philosophie française, cela a été une révélation. Je suis rentrée à Georgetown avec la ferme conviction que je voulais et devais étudier la philosophie. J’ai donc ajouté cette discipline en deuxième majeure dans mon programme d’études .»

De retour sur le campus de Georgetown, Micol façonne sa pensée auprès des philosophes Terry Pinkard et Quill R Kukla. Elle assiste à la montée en puissance du mouvement Black Lives Matter et aux manifestations de Baltimore de 2015, puis aux prémices de « MeToo ». Désireuse de comprendre, elle applique son regard de philosophe en devenir sur le monde qui l’entoure.

« Les cours que j’ai suivis durant cette période et les conférences auxquelles j’ai assisté ont soulevé chez moi de nouvelles questions : « qu’est-ce qu’un désir ? » « Comment naît un désir de résistance ? ». Ces questionnements m’accompagnaient depuis longtemps, ils résonnaient avec mon histoire et avec l’actualité. Ma découverte de la philosophie française m’a donné les premières clés pour les explorer et tenter de les comprendre .»

Elle décide de s’inscrire au master recherche en philosophie européenne et contemporaine de l’Université de Kingston (Londres) en co-diplomation avec l’Université Paris 8. Par le biais de cours et de conférences, elle y découvre les philosophes Stella Sandford, Nadia Yala Kisukidi ou encore Catherine Malabou auprès desquelles elle se nourrit.

Micol choisit ensuite de rejoindre l’ENS – PSL, et est admise au sein du master philosophie en tant qu’élève de la sélection internationale. Elle soutient son mémoire de master 2 sous la direction de Marc Crépon dont les recherches la passionnent. A l’Ecole normale supérieure - PSL, elle profite pleinement de l’environnement scientifique et culturel qui s’offre à elle.

« Cela a été une expérience incroyable. J’en garde le souvenir d’une immense liberté et d’une grande stimulation intellectuelle. Le département de philosophie nous a offert l’opportunité d’organiser de nombreuses conférences, mais également d’écrire et mettre en scène une pièce de théâtre pour l’ouverture d’un colloque international sur la non-violence. Cela a nourri une profonde passion pour le théâtre : j’ai été jusqu’à fonder une compagnie de théâtre, Les 3 chambres, avec ma collègue de l’ENS - PSL Katie Ebner-Landy, l’écrivain Angelo Vannini et le compositeur musical Sacha Carlson. La pièce mise initialement en scène à la Rotonde de l’ENS – PSL a ensuite été représentée au Panthéon de Paris, au sein d’un festival antiraciste. D’autres pièces ont été écrites et mises en scène à Paris et à New York. Encore aujourd’hui, je ne réalise pas tout ce que j’ai appris au cours de cette expérience. Ecrire et monter une pièce a été un travail collectif très émancipateur et m’a permis de m’ouvrir à de nouveaux questionnements philosophiques. : avec qui écrivons-nous ? Qui écrit en moi ? Avec quelle langue parlons-nous ? »

Je garde de mes études à l'ENS, le souvenir d’une immense liberté et d’une grande stimulation intellectuelle

L’année suivante, Micol rejoint le département de philosophie de Johannesburg comme chargée de cours de philosophie éthique pour des étudiants de licence. C’est un nouvel environnement, un nouveau contexte et la découverte d’une nouvelle passion.

« J’avais déjà enseigné et apprécié cet exercice, mais mon séjour à l’Université de Johannesburg a été une révélation (une de plus !). Mes étudiants n’étaient pas philosophes, ils suivaient des cursus de finance et de comptabilité, ce n’était pas un public acquis d’avance ! Je devais leur transmettre le sens des textes, et leur apprendre le questionnement philosophique. Ensemble, nous avons questionné la vie quotidienne, qui, à Johannesburg peut-être encore plus qu’ailleurs, est chargée d’une violence structurelle. Aussi, s’il convient souvent de convaincre sur la nécessité et sur l’utilité de l’éthique, je n’ai pas eu ce travail. Nos échanges ont été extrêmement riches et j’ai énormément appris au contact de mes étudiants. »

Après Johannesburg, Micol retourne étudier, pour un an, à l’Université de Chicago aux Etats-Unis.  Elle enseigne actuellement la philosophie au Cycle pluridisciplinaire d’études supérieures (CPES) de PSL et postule dans différents programmes doctoraux aux États-Unis. Elle souhaite poursuivre son travail de recherche, entamé sous la direction de Marc Crépon, et voué à questionner l’émergence d’une certaine généalogie du concept de race depuis les écrits de Kant, Nietzsche, Adorno, Deleuze, Foucault et Derrida.

« Je m’intéresse à la façon dont une certaine violence théorique émerge et se transpose dans une violence corporelle quotidienne. J’étudie l’emploi du mécanisme quasi-transcendantal dans la construction kantienne du concept de race et l’applique au débat contemporain sur la phénoménologie et l’épistémologie de la blanchité. Autrement dit, j’essaye de comprendre « comment un regard devient-il classificateur, ordonné, aveugle et violent ? Et comment s’incorpore-t-il ? Cette réflexion m’a conduite à réfléchir sur les questions d’éthique sexuelle, et j’essaye actuellement d’orienter mon travail pour repenser phénoménologiquement le désir comme réciprocité, asymétrie et opacité. »

Micol a écrit un recueil de poésie dans sa langue maternelle « Ho delle vene molto complesse » (traduction : j’ai des veines très complexes) qui traite de la relation entre sujet et histoire familiale, nationale, coloniale. Il sera publié prochainement.

De par son intérêt pour ces sujets passionnants au cœur des questions soulevées au XXIe siècle, Micol incarne incontestablement une nouvelle génération engagée pour laquelle la philosophie est un outil de réflexion offrant des moyens d’action.

Des extraits du recueil de poésie « Ho delle vene molto complesse » sont à retrouver notamment sur La Repubblica, Poetarum Silva, Nazione Indiana ou Inverso Poesia