Sans doute le plus grand cinéaste britannique vivant, Terence Davies (né en 1945) est réputé pour le soin méticuleux qui transforme chacun de ses films en un événement culturel très attendu.
Membre de la génération de réalisateurs nourris par le British Film Institute dont les rangs comprenaient notamment Derek Jarman, Sally Potter et Peter Greenaway, Davies s'est d'abord imposé avec trois courts métrages célèbres, connus sous le nom de The Terence Davies Trilogy (1984).
Comme sa trilogie, les longs métrages suivants Distant Voices, Still Lives (1988) et The Long Day Closes (1992) se déroulent également dans l'Angleterre d'après-guerre, une terre morne de pénurie et de répression sexuelle qui inspire la dichotomie élémentaire au cœur de son œuvre : un contraste entre le monde extérieur sombre, gris, fait de briques et de pluie et le monde intérieur intime, dont la promesse de chaleur et de camaraderie est tempérée par la pauvreté et la menace de la violence et l’isolement.
Dans les films de Davies, l'évasion – des deux mondes – est assurée par la radio, par le cinéma et surtout par la musique.
C'est un terrain que Davies, né à Liverpool et élevé dans la religion catholique, connaît bien et façonne avec une forte intimité autobiographique dans ses films. Le travail de Davies se distingue par les merveilleuses qualités cinématographiques de ses histoires qui sont racontées avec force, non pas par le dialogue mais plutôt par ses cadres, ses mouvements de caméra, la lumière et le montage. Le style de Davies a été appelé « réalisme de la mémoire »: la vie quotidienne est rendue dans des détails naturalistes colorés ou recouverts de fantaisie ou de réminiscence.
L'Angleterre d'après-guerre de Davies est, en effet, définie par une sorte de réalité accrue qui oscille entre les beaux temps et le mauvais temps.
Vus comme un ensemble, les films de Davies se déroulant dans l'Angleterre d'après-guerre le révèlent comme un artiste profondément ancré dans un milieu aussi spécifique que le Mississippi de Faulkner ou le Baltimore de John Waters. Davies a parlé du « génie britannique à créer le lugubre », mais ses films montrent autre chose : la capacité de faire éclater de la poésie à partir du lugubre.
David Pendleton
Harvard Film Archive