Innovation

Dessiner les contours d’un futur possible : les travaux du think tank Zenon Research

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Partenaire de l’Université PSL, le think tank Zenon s’appuie sur les travaux scientifiques en cours pour dessiner les contours d’une croissance économique compatible avec les ressources planétaires. Ses quatre premiers rapports viennent d’être publiés et il lance à partir du 18 novembre des petits-déjeuners mensuels où se rencontreront chercheurs et experts. Interview de Greg De Temmerman, chercheur associé à l’IHEIE (Institut des Hautes Etudes pour l’Innovation et l’Entrepreneuriat) à Mines Paris – PSL, et directeur général du think tank. 

PSL : Pouvez - nous présenter Zenon en quelques mots ?  

Zenon_Greg de Temmerman

Greg De Temmerman : Initialement, Zenon est un projet de prospective lancé en février 2020 par Jean-Baptiste Rudelle. L’objectif était alors de s’intéresser au « futur de l’humanité » et plus précisément de s’appuyer sur les travaux scientifiques pour éclairer les enjeux du monde actuel et ainsi dessiner les contours d’un futur probable. Depuis plus d’un an, le projet s’est précisé. Zenon est devenu un think tank. Nous avons resserré nos travaux autour de la question du maintien d’une croissance économique cohérente avec les ressources planétaires. Nous produisons des études sur le futur à long terme dans les domaines de l’énergie et du spatial et nous venons de publier nos quatre premiers rapports. Chacun s’appuie sur les recherches en cours, les vulgarise et y associe une réflexion prospective. Cet équilibre nous permet d’inscrire nos travaux dans un cône de vraisemblance, tout en renouvelant les approches sur les questions traitées. In fine, notre objectif est de fournir aux décideurs un rapport clair, synthétique et innovant sur un sujet. 
L’équipe de Zenon est composée d’une dizaine de personnes, soit, en plus de moi-même, un chercheur, un jeune ingénieur, quelques stagiaires issus des établissements de PSL, un analyste. Nous serons bientôt rejoints par un business développeur. 

PSL : La structure de Zenon est originale, comme est venue l’idée de créer un think tank intégré à l’Université PSL ? 

Greg De Temmerman : Tout est parti d’une rencontre entre Jean-Baptiste Rudelle et Cédric Denis-Rémis (vice-président développement de l’Université PSL). Jean-Baptiste Rudelle souhaitait lancer Zenon et désirait un ancrage fort avec le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche. Son projet était original, et aucun format préexistant (chaire partenariale ou autres…) ne répondait complètement à ses attentes.  Au cours de leurs discussions, Cédric Denis-Rémis et lui, ont imaginé la structure actuelle de Zenon : un think tank parfaitement intégré à l’écosystème universitaire et au sein duquel se croisent chercheurs, analystes, ingénieurs… L’Université PSL, et plus particulièrement Mines Paris – PSL en tant qu’établissement - composante, s’est tout naturellement imposé comme un partenaire idéal. 

PSL : Vous mentionnez les quatre premiers rapports de Zenon. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur leurs objectifs et les équipes scientifiques impliquées ? 

Zenon_Too hot to grow

Greg De Temmerman : Il s’agit effectivement de nos premiers travaux. Ils ont servi de pilote pour

construire et surtout tester notre démarche. A savoir : partir de la recherche scientifique en cours sur une question, la vulgariser et y associer une démarche prospective. 
Par exemple, pour le projet « Too hot to grow : how global warning can make the world enter into structural economic recession », nous avons souhaité trouver un nouvel indicateur de l’impact du changement climatique sur l’économie. Plutôt que d’annoncer un chiffre en milliard sur 30 ans, comme cela a été fait dans de nombreuses publications, nous avons cherché à déterminer l’impact du changement climatique sur le taux de croissance. C’est une donnée qui est constamment utilisée par les décideurs et donc bien plus adaptée. Notre modèle montre que le taux de croissance diminue avec le changement climatique jusqu’à ne plus croître du tout, quand les dommages sont trop importants. C’est un modèle à « grosses mailles » mais il est facilement compréhensible et démontre l’urgence d’agir. 

Zenon_Retourner sur la lune

Dans un autre registre, notre rapport « Retourner sur la lune pour y rester » répond à une commande de l’ANRT dans le cadre de leur projet, « Objectif Lune » (en partenariat avec le CNES). Notre mission était de dessiner les contours d’une nouvelle économie lunaire. Nous avons, pour cela, travaillé étroitement avec des chercheurs de l’Observatoire de Paris - PSL, dont Claude Catala son ancien président, du CNRS, Isabelle Sourbès Verger, et des industriels. Notre rapport distingue deux types de modèles économiques : les modèles directs, qui pourraient à eux seuls justifier économiquement un retour sur la Lune, et les modèles dérivés, qui représentent des opportunités indirectes, liées au développement de projets lunaires à visée non économique, comme les bases scientifiques.  In fine, nous démontrons que si le tourisme en orbite lunaire représentera une manne importante dans les années à venir,  cette économie ne pourra faire l’impasse sur des financements publics importants afin d’atténuer la prise de risque. C’est un paramètre important. Pour être viable, tout modèle d’économie lunaire devra en tenir compte. 

 

 

 

PSL : Comment sont décidés les nouveaux projets de recherche ? 

Greg De Temmerman : Nous travaillons avec un comité scientifique composé de chercheuses/chercheurs de PSL et de représentants du monde industriel. Il s’agit d’un lieu d’échange qui donne lieu à la formation de groupes de travail sur des sujets donnés. Zenon n’en est encore qu’au tout début, mais nous espérons pouvoir initier bientôt des focus groupes qui mêleraient scientifiques, patrons d’entreprises… afin d’ouvrir les réflexions sur nos champs d’investigation. 


PSL : Quels sont vos prochains de sujets de recherche ? 

Greg De Temmerman : Nous avons une étude en cours sur la vitesse de déploiement des technologies et une autre sur les réserves en métaux et pétrole disponibles. Le 18 novembre, nous organisons un petit déjeuner pour présenter notre rapport Powering the World.  Les chercheurs de PSL sont les bienvenus (inscription via un simple email). D’autres événements suivront dans les mois à venir afin de présenter l’état de nos réflexions et d'inviter des experts. Là encore, en tant que speaker ou participant, les chercheurs de PSL seront conviés.  D’ailleurs, dans un autre registre, nous proposons un cours intitulé « Anthropologie prospective : penser le futur de l’humanité” à destination des étudiants participants à la PSL Week de novembre. Une belle perspective qui promet des échanges passionnants ! 

Greg De Temmerman

Docteur en physique expérimentale et chercheur associé à Mines Paris - PSL, Greg De Temmerman a travaillé pendant plus de 15 ans dans le domaine de la fusion nucléaire. Entre 2014 et 2020, il était coordinateur scientifique sur le projet ITER. Il a publié plus de 240 articles dans des revues à comité de lecture et donné de nombreuses conférences. En 2020, il est devenu directeur général du think tank Zenon Research, un think tank à but non lucratif qui s’interroge sur la possibilité d’atteindre une croissance économique compatible avec les limites planétaires. Il est également l’auteur de « Chroniques énergétiques », un recueil ludique et pour permettre à chacun de comprendre l’importance de l’énergie, actuellement en prévente aux éditions la Butineuse.