Innovation

Du laboratoire à la spin-off, parcours d’une technologie disruptive pour la recherche de médicaments

Le

Après huit années de recherche en laboratoire, Maximilien Levesque, group leader au département de chimie de l’ENS - PSL, a cofondé avec Emmanuelle Martiano la start-up Aqemia. Spécialisée dans la recherche de médicaments, cette spin-off est en plein essor et a reçu le 10 décembre le soutien d’un géant de l’industrie pharmaceutique - Sanofi - pour l’application de sa technologie disruptive à la découverte de médicaments efficaces contre la Covid-19. Retour sur les principales étapes de cette belle histoire entrepreneuriale à l’occasion d’une interview croisée entre Maximilien Levesque et Bruno Rostand (directeur de l'innovation et de l'entrepreneuriat de l’Université PSL).

PSL : Créée en 2019, Aqemia est en plein essor. Pourriez-vous revenir sur l’histoire du projet ?

Maximilien Levesque : Le point de départ est sans conteste mon entrée en tant que théoricien numéricien au CNRS et à l’ENS - PSL en 2013. Après plusieurs années en post-doctorats à Oxford, Cambridge, Sorbonne Université … était venu le temps de développer mes recherches. Deux ans plus tard, j’ai pris conscience des connexions entre mes travaux de recherche et le domaine de la drug discovery (recherche de médicaments). Curieux d’explorer cette connexion, j’ai participé au concours Start-Ulm (prix des start-ups de la normaliennes) en 2017. Cela a été une étape importante, qui a validé mon intuition initiale et qui m’a permis de rencontrer l’un de nos futurs Business Angels, Olivier Vaury, lui-même est issu de l’ENS - PSL. C’est aussi lui qui m’a permis de rencontrer mon associée Emmanuelle Martiano qui avait travaillé 10 ans dans le monde des grandes entreprises au Boston Consulting Group (BCG). C’est cette rencontre  entre futurs co-fondateurs qui a été le vrai catalyseur. Tout début 2019, la spin-off a vraiment démarré et avec l’aide de PSL Valorisation puis, plus tard, d’Elaia et du PSL Innovation Fund, avec qui nous avons pu lancer la première levée de fonds en 2019.

 

Bruno Rostand : Du côté de PSL Valorisation, le projet porté par Maximilien avait éveillé notre attention lors du concours Start’Ulm et nous étions en contacts réguliers pour accompagner son développement. Notre rôle, pour le résumer brièvement, est de créer l’environnement nécessaire auprès des chercheurs pour permettre la maturation des projets, de challenger les porteurs pour les aider à en définir la valeur et enfin de permettre de protéger les technologies impliquées. Dans le cas d’Aqemia, nous étions face à un cas particulier, car la technologie n’était pas brevetable. PSL Valorisation a, entre autres choses, formalisé le transfert de savoir-faire entre le laboratoire et Aqemia, ce qui a permis de faciliter son développement.

 Trouver des médicaments en combinant intelligence artificielle et physique théorique. La start-up Aqemia contribue à la recherche thérapeutique sur la Covid-19 (A lire sur ens.psl.eu)

PSL : Le passage d’une découverte scientifique à la création d’une start-up spin-off est souvent représenté comme une série d’étapes plus ou moins difficiles. Est-ce une réalité et était-ce le cas pour Aqemia ?

De plus en plus en de jeunes chercheuses et chercheurs s’intéressent aux finalités « entrepreneuriales » de leurs travaux.

BR : Effectivement, c’est une image qui n’est pas fausse, et je crois qu’il ne faut pas nier la difficulté de l’aventure.... Aujourd’hui, on assiste à un changement culturel très net, qui facilite les choses. Comme l’a souligné Alain Fuchs (président de l’Université PSL) lors de l’évènement DeepTech tour organisé par Bifrance et PSL en octobre 2020, nous assistons au sein de l’université au développement d’une culture de l’innovation. Je dirais même qu’il s’agit d’une prise de conscience commune du monde académique et du monde industriel. De plus en plus en de jeunes chercheuses et chercheurs s’intéressent aux finalités « entrepreneuriales » de leurs travaux, on le voit par exemple à l’occasion de concours comme Start-Ulm que mentionnait Maximilien, ou de formations comme PSL I-teams. Du côté des entreprises, il est désormais admis que les innovations ne peuvent venir uniquement de l’interne et que les laboratoires de recherche sont des interlocuteurs non négligeables en ce domaine. Bien entendu, le gap culturel existe encore, mais le rôle des services de valorisation est justement de faciliter le dialogue.

ML : J’ai été très agréablement surpris. Après une heure de discussion, les services du CNRS, l’ENS - PSL, Sorbonne Université et le service PSL Valorisation ont déterminé un interlocuteur unique pour la suite : PSL Valorisation. Cette efficacité s’est confirmée par la suite. La bonne collaboration entre PSL et Elaia au sein du PSL Innovation Fund a, par exemple, permis de lancer la levée de fonds avant que la signature de l’accord de licence ne soit totalement finalisée et ainsi d’accélérer les choses. Un tel accord nécessite une grande confiance réciproque entre les acteurs et cela s’est révélé essentiel pour le développement d’Aqemia. Enfin, autre élément facilitant, la bienveillance qu’on nous a témoignée à toutes les étapes du développement. Cela peut sembler annexe, c’est en vérité central.

Notre atout majeur est notre capacité à prédire vite et précisément si une molécule est efficace.

PSL : Comment pourrait-on définir de façon simple le projet d’Aqemia et son caractère innovant ?

ML : Aqemia invente des molécules thérapeutiques, candidates médicaments, en utilisant des algorithmes développés lors de huit années de recherche fondamentale dans un laboratoire sous la double tutelle ENS - PSL et CNRS. Nous combinons pour cela intelligence artificielle et physique statistique et quantique. Notre atout majeur est notre capacité à prédire vite et précisément si une molécule est efficace. Pour donner un ordre de grandeur, notre prédiction est 10 000 fois plus rapide que le leader du marché et, en une journée, nous sommes capables de prédire l’efficacité d’un million de molécules.

PSL : Vous venez de conclure un partenariat avec Sanofi afin de chercher des pistes de traitement contre la Covid-19. C’est un nouveau cap de franchi…

M.L : C’est un très grand point d’inflexion pour Aqemia. C’est d’abord la preuve du caractère innovant et différenciant de notre technologie, reconnu par l’un des leaders mondiaux de la recherche pharmaceutique. C’est aussi notre premier gros contrat, preuve de l’intérêt commercial de notre proposition.  

BR : C’est effectivement une étape très importante : en concluant cet accord, Sanofi, un acteur de premier plan, a pris le risque d’investir dans une nouvelle technologie, celle d’Aqemia. C’est une validation importante pour Aqemia et une manifestation du changement culturel en cours. J’espère que c’est aussi un signe que les échanges entre grands groupes industriels, start-up deep tech issues de PSL et laboratoires vont aller croissant.

 Aqemia, reçoit le soutien de sanofi pour l'application de sa technologie disruptive à la lutte contre la Covid-19 (Décembre 2020)

PSL : Quelles sont les perspectives d’Aqemia pour les mois et années à venir ?

M.L : Après ce premier contrat l’objectif est de multiplier les collaborations et faire croître notre équipe – d’une quinzaine de personnes aujourd’hui - sur les sujets de chimie computationnelle, chimie et physique théorique et intelligence artificielle. Nous recrutons d’ailleurs activement.
Nous prévoyons également une levée de fonds série A dans le premier semestre 2021 afin de nous donner les moyens d’accélérer et contribuer plus rapidement à la découverte de candidats médicaments.

Maximilien Levesque et Emmanuelle Martiano Cofondateur d'Aqemia

Maximilien Levesque et Emmanuelle Martiano